Une demi-Pemi avant la saison (17 au 19 mai 2024)

Une demi-Pemi avant la saison 

(17 au 19 mai 2024)

Jour 1: de Lincoln Woods au camping Guyot (18 km)

 Départ de Lincoln Woods avec Tatsiana. Température estivale. Plein sud.


Il y a eu de l'eau tout au long du trajet de ce premier jour, ce qui nous a permis d'alléger la charge. Remarqué des spots de camping aux km 13 et 14, dans la montée vers Bondcliff. Le sommet Bondlicliff (1382 m), de même que la crête superbe qui le relie à Bond, est absolument magnifique. J'ai pris de bonnes photos avec mon téléphone qui... est mort en fin de rando. :'(

Journée de 18 km, couvrant les sommets Bondliff et Bond tout court. On s'arrête au camping Guyot pour la nuit.

Premier souper: pâtes de tomates et olives déshydratées par mes bons soins. Délicieux. Mais 125 g auraient suffi :).

Jour 2: du camping Guyot au camping des sept chutes

Une journée plus difficile nous attendait. Plein nord. En altitude sur le mont South Twin, en particulier dans la descente acérée et carrément dangereuse qui mène au refuge Galehead, beaucoup de glace mouillée et de neige qui ralentissent considérablement la cadence. Impossible d'évoluer à plus de 1,2 km/h dans ces conditions pénibles. On a rapidement les pieds trempés, il pleut, le ciel est lourd et le moral n'est pas au top. 

Le prochain camping nous semble malgré tout trop proche; Garfield, à 9 km seulement de notre point de départ. On envisage se rendre au refuge de Lafayette, super loin de là, environ 12 km, qui impliquent d'ailleurs l'ascension de Garfield et de Lafayette. Il est 13h. Malheureusement, nous ignorions qu'il y avait possibilité de camper sauvage de l'autre côté de Garfield. Ç'aurait été parfait.

Nous devons donc choisir entre couper par la vallée du wilderness et transformer notre Pemi-loop en demi-Pemi, ou se lancer dans un périple qui risque de nous amener à terminer à minuit à la frontale, dans le froid, l'humidité et un terrain extrêmement technique. La réponse me semble relativement évidente, mais le goût du danger ne m'est pas étranger. 

J'hésite.

L'âme française et l'âme russe

À ce moment précis se mettent à lutter, dans la psyché internationale de Tatsiana, l'âme française et l'âme russe. La première l'enjoint de trouver le chemin le plus court vers le spa et l'apéro. La deuxième lui ordonne sèchement de poursuivre ce qu'elle a commencé, dut-elle y laisser sa peau. Quel moment magnifique.

Mon âme canadienne-française a dû trancher, optant pour la seule solution raisonnable. Nous allions donc nous contenter d'une demie et revenir au stationnement par la vallée, pour un trajet restant de 16 km relativement plats. 

Le marécage de la mélancolie

Les 3.3 km nous séparant du camping se sont déroulés sous la forme d'une descente humide et lancinante dans le légendaire marécage où Artax, le cheval blanc d'Atreyou, trouva une fin tragique dans la souffrance et les larmes. Cette métaphore sur la primauté de la force mentale sur la force physique était de circonstance, alors que nous évoluions péniblement sous un ciel lourd, s'effondrant sur un paysage fait d'arbres morts, décharnés et moussus. 



Insérer ici n'importe quelle œuvre de Wagner.

И надежда возрождается

On arrive au camping des 13 chutes vers 16h30. À ce moment précis, le soleil revient. Le terrain est beau, couvert d'un lit d'aiguilles de pin. Tout s'éclaire. 

Notre deuxième souper consiste en un curry de lentilles rouges et légumes agrémenté de lait de coco. On déguste ce délice en papotant avec Tim, un très sympathique avocat en "télétravail" (lol) qui s'apprête à attaquer Owl's Head (celui du NH).

Au départ, le lendemain, on découvre que Tim parle un peu le russe, il a voyagé en Russie et en Ukraine par le passé! Voilà qui est réconfortant pour Tatsiana, qui, dans les moments de grande fatigue, s'adresse à moi en russe.

Belle rencontre coup-de-cœur.

Ô gué

Le sentier du retour est plat ne présente aucune difficulté, à l'exception des six rivières en crue à traverser à gué. L'une d'entre elles est infranchissable de cette manière, ce qui nous laisse deux options; se mouiller les pieds ou emprunter la passerelle de fortune faite d'un tronc d'arbre mort.

La traverse du tronc est périlleuse. Il faut maintenir son équilibre malgré les 12 kg que l'on porte sur le dos. Une éventuelle chute entraînerait possiblement la mort en raison des immenses roches sur laquelle on risquerait de se heurter la tête. 

Je choisis la voie sécuritaire, les pieds dans l'eau. 

L'âme russe de Tatsiana, elle, fonce sans réfléchir sur le tronc, sans penser au danger, concentrée sur l'objectif. C'était tellement impressionnant que je suis restée là, bouche béante, bras ballants, sans même penser à photographier l'exploit.

La morale de cette histoire

Je garderai de cette aventure difficile et magnifique cette image du courage qui exige, lorsqu'on doit prendre une décision difficile, de s'engager vers l'avenir sans se laisser pétrifier par la peur et le danger.

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