Perséides au sommet
Escapade dans Montagnes blanches, 12 et 13 août 2024
Au départ, Caro et moi souhaitions partir le vendredi pour revenir le dimanche, pour deux dodos dans les montagnes. Or, vendredi nous réservait une tempête tropicale en forme de queue d'Ouragan (Debby). On s'est donc donné RV à Magog le samedi matin, censément très tôt mais en fait, pas tant; réveil à la bourre, traffic sur le pont (Caro arrivait de Montréal), parle parle jase jase, on se retrouve à la frontière à 11h tout à l'arrière d'une file interminable d'une heure.
L'heure du lunch
Contre mauvaise fortune bon cœur; je profite de ce moment d'attente pour nous procurer deux mignonettes de rhum en plastique au magasin hors-taxe. Pas que je sois du genre à faire la fête en montagne; absolument pas. Je respecte les dangereux sommets de plus de 4000 pieds et tiens à garder les idées claires. Cela dit, une petite once dans un contenant en plastique (donc léger) pour marquer le coup une fois les bottines enlevées contribue, à la faveur d'une interaction bienfaisante avec les endorphines, à te délasser la canayenne. Toujours est-il qu'à la caisse, j'ai découvert avec horreur le taux de change douloureux qui règne en ce moment, et me suis bien mordu les doigts de ne pas être passée à la SAQ plutôt.
Une heure plus tard, deux douaniers reviennent de leur heure de dîner, ce qui accélère notre passage au pays voisin. Il est treize heures; on commence à spéculer sur la durée prévue de la rando qui nous attend. Fidèles à nos tempéraments respectifs, Caro nous imagine cuisinant au sommet à 18h, admirant le coucher de soleil sur l'horizon lointain; je me prépare mentalement à terminer le trek à la frontale, comme cela nous arrive à l'occasion. L'addition des "km" mentionnés sur la carte (américaine, précisons-le) totalise un raisonnable 6 du stationnement au campsite Garfield. Y a rien là. Right? Même si on commence à une heure avancée de l'après-midi. lol.
On commence donc la Gale River Trail à 15h, comme des championnes. Le sentier est magnifique. Il longe une belle rivière sauvage sur quelques km, puis commence l'ascension de Galehead. La météo est avec nous: température fraîche mais clémente, ciel dégagé, temps sec, douces lueurs dorées d'un soleil déclinant; un pur bonheur, digne des plus parfaites journées de fin d'été. Quelle chance, sachant que la météo n'est pas toujours facile dans ces montagnes farouches et altières.
On croise également de magnifiques tales de chanterelles en tube, chanterelles couleur de flamme, chanterelles tout court (girolles, quoi), lactaires couleur de suie, amanites fauves et russules de peck (je n'en ai jamais vu autant!).
À la jonction vers Garfield, le soir tombe.
Ça se gâte un brin
Le sentier devient boueux, humide et assez techniques, avec des grimpes périlleuses dans les rochers verticaux. On continue la spéculation entre l'optimisme inébranlable de Caro et ma propension naturelle à envisager le pire. Caro n'a pas fait de longue randonnée depuis son voyage en Nouvelle-Zélande, il y a 15 ans; tout porte à croire qu'elle a perdu la main concernant le calcul du poids. Son pac-sac pèse à vue de nez 25 kilos. Prenez quelques secondes pour mesurer l'exploit.
À la jonction, donc, nous avons déjà gravi environ 800 m de dénivelé. On annonce deux "km" restant jusqu'au campsite. La face que j'ai faite quand Caro m'a fait réaliser qu'on parlait ici en miles et que, du coup, il nous restait encore une bonne couple d'heures de marche dans ce sentier notoirement accidenté!
Tout au long de ce faux "ridge", on remarque plusieurs magnifiques spots de camping, dont un près d'un petit ruisseau. Bon à savoir si, comme nous, il vous arrivait de vous retrouver là en pleine nuit mais que, contrairement à nous, vous avez la décence de savoir quand arrêter. :P
La fin du trajet a été particulièrement difficile. Il fallait gravir une chute verticale plein d'eau, lisse et glissante, avec bien entendu notre stock de camping sur le dos, dans l'obscurité la plus totale. Ça allait quand même bien pour moi; mon sac était ultralight (parce que je me ruine depuis des années en ce sens) et j'ai le super-pouvoir de bien voir dans le noir. Pour Caro, c'était une autre histoire; l'éléphant mort qu'elle portait sur son dos la tirait continuellement vers l'arrière et elle ne voyait pas ou elle mettait les pieds, même avec la frontale. On s'est débrouillées pour passer à côté de la chute, dans une taïga quand même assez haute pour que son pac-sac reste coincé entre deux arbres. Beaucoup de plaisir, en somme.
Astronomie et mignonnette
On arrive au campsite à 21h30 (précisons que nous sommes des randonneuses au rythme proportionnel à notre âge avancé. Disons les choses comme elles sont; on n'a jamais dépassé personne en montagne. ;-) ) Le campsite est plus que plein, ce qui était prévisible vu l'heure et la clémence de la météo. Qu'à cela ne tienne; on s'installe sur le belvédère pour une nuit à la belle étoile (surface rocheuse trop irrégulière pour monter la tente).
Pour souper, mon désormais classique spaghetti tomates et olives déshydraté. Un pur délice, merveilleusement réconfortant. Toutefois, cette fois-ci, mes portions de 125 grammes étaient limite suffisantes. Prochaine fois, on essaie 135 g, à raison de 90 g de pâtes et de 45 g de sauce.
L'heure du délaçage, du délassage et de la mignonette est venue.
Je tombe comme une buche à 10h30; Caro veille fidèlement sur les perséides, captivée par le spectacle somptueux qui se joue dans les cieux clairs et sans lune. Pas de dodo pour Caro, cette artiste sensible qui ne perdra pas une minute de cette beauté si rare et précieuse, celle de la voute étoilée par un soir d'étoiles filantes sans nuage, à 1200 m d'altitude, alors que je ronfle paisiblement à ses côtés.
J'ouvre les yeux à 3h30: je vois Mars et Vénus côte à côte, puis les nymphes Persée et Circée qui traversent la moitié de la voute en laissant derrière elles une lancinante traîne de lumière pure. Caro n'a toujours pas fermé l'oeil. Je me rendors.
Nouveau réveil à 4h30: les étoiles pâlissent et l'aube pointe. Caro n'a toujours pas fermé l'oeil (le sommeil, c'est pour les faibles!).
Et je me rendors derechef comme un seul homme.
À 8h, je grasse matinais encore du sommeil du juste sous un soleil flamboyant quand une présence candide et enthousiaste se fait sentir à deux pouces de mon visage:
Deux magnifiques bergers australiens accompagnés de deux Québécoises fort sympathiques qui viennent prendre leur café sur le belvédère. C'est l'heure du petit dèj en bonne compagnie! :) Gruau érable et poire déshydraté, café instant que j'ai appris à aimer dans ces conditions. Un délice.
L'avant-midi s'annonce aussi magnifique que la veille. Corvée de filtrage d'eau au ruisseau; les rayons matinaux percent ça et là pour tacheter de leur brillance les mousses verdoyantes, joliment gonflées par le déluge de l'avant-veille. Petit coaching mycologique à l'intention de Puma, le caretaker qui passe l'été à côté d'une talle particulièrement abondante de chanterelles en tubes, et qui ne rechigne pas à l'idée d'agrémenter son menu ascétique d'un produit frais de grande qualité ne nécessitant aucun transport.
Et le bouquet final
Puis, ascension de Garfield, qui offre l'une des meilleures vues sur le Pemigwasset Wilderness et la crête du mont Lafayette (le célèbre Franconia Ridge). L'atteinte de ce sommet boucle ma découverte en 4 sorties de l'ensemble des jalons de la Pemi Loop.
Merci pour votre attention, la suite au prochain épisode!
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